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Interviews et articles > Jose Luis Villareal « Nous pouvons aider le MHSC » ![]() José Luis est un des rares argentins à avoir enfilé la tunique montpelliéraine. Après Hugo Currioni et Víctor Trossero lors de la 1e décennie du club, Villareal a lui fait parti de la dernière grande équipe du MSHC en 1995/96. Surdoué techniquement, ce numéro cinq à la mode argentine, c'est-à-dire milieu défensif chargé de l'organisation du jeu, n'aura pas eu la reconnaissance et tous les succès qu'il méritait. Malheureuses blessures…Il garde cependant un grand souvenir de sa saison et demi au MHSC et il aimerait désormais pouvoir aider le club au travers des jeunes talents de l'académie de football qu'il préside, la dénommée " Cap vers l'Excellence Humaine et Sportive ". José Luis, comment ça va et que deviens-tu ? Très bien, à côté de ma famille et avec beaucoup de travail grâce à Dieu. Depuis quatre ans je vis dans ma très chère ville de Córdoba en Argentine à environ cinq cent kilomètres de Buenos Aires. C'est une ville assez similaire à Montpellier de part son climat et sa tranquillité en comparaison à la capitale. Les gens y sont très chaleureux comme dans la plupart des villes sud-américaines. C'est ici aussi que je travaille au sein d'un projet qui s'appelle l'Academie REDH (Rumbo a la Excelencia Deportiva y Humana) et dont je suis le président depuis deux ans. En quoi celui-ci consiste t'il ? C'est un projet existant de puis dix ans et de détection, formation et représentation de jeunes joueurs très prometteurs et venant de toute l'Amérique du Sud. Désormais nous avons des filiales au Paraguay, au Venezuela, au Mexique, ici à Córdoba et un centre de formation en Espagne à Lloret del Mar où notre équipe 1ere joue en 5e division espagnole. Depuis deux ans Lionel Messi en est le parrain officiel ainsi que le meilleur exemple de notre travail. Notre philosophie c'est aussi d'être une académie d'éducation complète et de travailler sur les aspects éducatifs, mais aussi social et culturel afin d'améliorer les qualités humaines de ces jeunes et de les préparer aux surprises de la vie. Toutes les personnes travaillant sur ce projet ont d'ailleurs beaucoup d'humilité et une grande valeur humaine en plus de leur grande compétence. Qui en fut à l'origine ? C'est mon grand ami Ángel Guillermo Hoyos, avec qui j'ai joué à Boca, qui commença le projet au Venezuela. Il est l'entraîneur qui a formé Lionel Messi quand il était encore tout jeune et qui l'a aidé à atteindre l'équipe 1e de Barcelone. Il est parti des Juniors B du Barça cette année pour entraîner l'Aris Salonique en 1ere division grecque et le jeu développé par son équipe suscite l'admiration de tous. Combien avez-vous de jeunes impliqués dans l'Académie ? Il y a environ sept cents jeunes de dix à dix-neuf ans dont les trente meilleurs s'entraînent dans notre club en Espagne où ils finalisent leur formation avant de devenir professionnels. L'ambition serait de subir les échelons en quelques années comme le club de Villareal. Mais avec beaucoup moins d'argent, l'idéal serait plutôt de trouver un club partenaire espagnol, français ou italien de 2e division et y envoyer une sélection de nos joueurs latino communautaires. Sur ce point es-tu en contact avec le MHSC? Il y a un an j'ai fait un tour d'Europe pour présenter le projet. J'étais à Montpellier lorsque l'équipe perdit le derby à Sète et j'ai parlé avec certains dirigeants dont Serge Delmas mais ce n'était peut être pas le meilleur moment. Mon collègue Eduardo Frisicaro va bientôt se déplacer en Europe pour essayer de transmettre à nouveau notre idée. J'ai beaucoup de peine à voir Montpellier souffrir en Ligue 2 et je considère qu'on pourrait vraiment les aider. Si nous revenions sur ta carrière ? Après tes débuts à Córdoba tu as joué pour les deux grands clubs argentins : Boca et River… C'est le maximum en Argentine. C'est un honneur non seulement d'avoir joué pour ces deux institutions mais aussi d'avoir aussi été champion avec les deux. Ils sont sans aucun doute parmi les vingt plus grands clubs au monde. ![]() Les derbies entre les deux clubs sont supposés les plus beaux au monde, c'est vrai? Je n'ai jamais vécu ailleurs ce que j'ai ressenti durant ces matches. Il existe une passion et une folie qui n'a pas de frein. Elle se transmet à tout le pays et au monde entier qui envoie des centaines de journalistes pour couvrir ces matches. Ce que les gens mettent en oeuvre dans les tribunes avec toutes ces couleurs, ces papelitos pour faire de ça une grande fête où durant 90 minutes ils ne cessent de chanter, c'est inexplicable. Cela n'a pas été difficile de passer d'un club à l'autre vu leur rivalité fratricide ? En fait les supporters de River le prirent très bien et ils ne me demandèrent pas de me désinfecter comme cela fut le cas avec d'autres joueurs en situation similaire. Mon 1er match était au stade de Boca où ils l'avaient pris comme une trahison. Tu imagines comment j'ai été reçu. Avec le temps et grâce à Dieu j'ai désormais la reconnaissance des gens des deux clubs. As-tu une anecdote à nous livrer sur les deux clubs ? Avec Boca durant l'année 89 nous avons fait une tournée au Japon et cela a été incroyable pour moi car j'y ai rencontré beaucoup de fans japonais du club. Quand j'y retourna en 92 avec la sélection argentine, les mêmes fans auxquels j'avais donné des maillots de Boca sont revenu me voir pour m'offrir des cadeaux à leur tour. C'était vraiment surprenant et touchant de voir comment ces gens pouvaient suivre ma carrière. A River, ce qui était curieux durant mon époque au club c'était que de temps en temps nous allions manger à la maison de campagne du Président de la République qui était alors le Dr. Carlos Menem. C'était un grand supporter du club. Tu intégras la sélection argentine en 1991 mais tu n'as pas pu jouer le Mondial 94 à cause d'une grave blessure… Malheureusement c'est une dette éternelle que j'ai avec ma carrière. Je me sentais appartenir à part entière à cette équipe avec qui j'ai joué en 91,92 et 93. Ne pas être du Mondial m'a fait souffrir à m'en rendre malade. Beaucoup disent que c'était la meilleure sélection que l'Argentine n'ait jamais eue avec les Redondo, Zanetti, Maradona, Battistuta, Caniggia etc. Je suis convaincu que sans le problème de dopage de Diego elle aurait certainement gagné le Mondial 94. As-tu joué avec Maradona ou contre lui ? Pas en match officiel mais plusieurs fois pour des oeuvres de charité. Il avait pourtant insisté pour me faire venir jouer avec lui à Séville lors de la saison 92/93 quant il reprit le football après sa suspension. Mais j'ai opté pour l'Athlético Madrid. Ce fut un très mauvais choix car le président en place Jesús Gil y Gil était accoutumé à traiter les gens d'une manière qui ne correspondait pas du tout avec ma forme de penser. Je suis très vite rentré en Argentine. Avec Diego on maintient une bonne relation et c'est une personne que je respecte beaucoup en plus d'avoir une grande affection pour lui. Il y a cinq mois nous étions réunis pour un évènement organisé par le tennisman David Nalbandian à Córdoba. Avec Diego on a bien rigolé devant un vieil agrandissement photo de nous deux presque aussi grand que lui ! Qu'as-tu pensé du dernier Mondial en Allemagne et du geste de Zidane lors de la finale ? La compétition m'a paru très tactique, avec peu de prise de risque pour bien jouer. Tout était très prévisible et sans grande surprise. Quant à Zidane, cela m'a beaucoup surpris. J'avais eu la chance de jouer contre lui face à Bordeaux et j'en avais gardé une grande image comme joueur et comme personne. Les gens ici ne justifient pas sa réaction mais lui pardonnent pour avoir été un des rares à offrir du spectacle à ce sport merveilleux. Peux-tu nous parler du français Gonzalo Higuaín qui joue actuellement à River ? Son nom est sur toutes les lèvres en ce moment. Connaissa nt son père, je sais qu'il a eu une très bonne éducation au niveau familial. Comme joueur, il est différent, puissant, grand finisseur et sans avoir encore atteint son potentiel maximal c'est déjà un crack. Quels sont pour toi les meilleurs jeunes argentins du moment ? Les meilleurs sont Sergio Agüero de l'Atlético Madrid, Fernando Gago et Rodrigo Palacio de Boca, et Beluschi de River. Mais je pourrais en mentionner beaucoup d'autres. Le pays regorge de talent car souvent pour ces jeunes le football est le seul moyen de se sortir de la misère. Cela fait cliché mais ils ont vraiment cette envie de réussir à toute épreuve qui est souvent un gage de réussite quand ils viennent en Europe. Quand j'ai fait mon tour d'Europe des clubs l'an derniers cela m'a un peu choqué de voir les jeunes de là bas n'ayant encore rien prouvé dans leur club et roulant en Mercedes. Revenons à ta carrière. Comment s'est déroulée ta venue à Montpellier ? A la fin de mon contrat avec River Plate en 1995, Patrick Gorriás est rentré en contact avec mon représentant pour lui faire part de son intérêt de me voir évoluer dans le championnat français. Alors se présentât la possibilité de Montpellier, j'ai joué deux matches amicaux avec le club contre la Tunisie et Marseille et nous nous sommes très vite mis d'accord. Que retiens-tu de ton passage au MHSC ? Je me rappelle avec grande affection de tous les gens que j'ai connus au club, des dirigeants, du staff technique et de mes équipiers. Il y a un an j'ai revu avec plaisir Michel Mezy et mes amis Sanchez, Rizetto, Der Zakarian, Lefèvre, Baills, Laurey, Bakayoko, Alicarte etc. Surtout, jamais je n'oublierai le geste du Señor Nicollin qui m'invita moi et ma famille pour les trente ans du club en 2004. Cela peut paraître une chose normale chez vous mais c'était très grand. Comment juges-tu ta saison et demie avec le club ? La 1ère fut très bonne, j'avais très bien commencé avec trois buts en dix matches comme milieu axial. Nous avons réussi à nous qualifier pour la coupe UEFA grâce à notre 6e place. C'est juste dommage que je ne fus pas de quelques matches comme la victoire au PSG (3-1) ou la ½ finale de coupe de France à Nîmes. La 2e saison n'a pas été aussi bonne. On perd d'entrée face au Sporting Lisbonne en UEFA et pour moi les problèmes commencent avec les ennuis de santé de mon père qui m'ont fait retourner au pays avant Noël. Une anecdote ? Je me rappelle d'un repas avec l'équipe durant lequel ils me firent chanter une chanson avec le Polonais Roman Kosecki. Ne connaissant pas très bien la langue tu imagines le résultat. Les relations entre tous les gens du club étaient vraiment excellentes. En parler me donne la nostalgie et je n'ai pas oublié ma femme qui pleurait de devoir quitter Montpellier. Pour moi la France, avec son style de vie si particulier, est le meilleur pays au monde, je le répète chaque fois que je peux. L'ambiance au sein des stades par contre ne rivalise pas avec l'Argentine, non ? J'ai quand même bien aimé certains stades surtout le notre, ceux de Lyon et Monaco et pour l'ambiance, Lens et Metz. Mais c'est très différent en Argentine, le football ne se sent pas de la même manière et les supporters laissent de côté leur propre confort afin de soutenir sans cesser leur équipe, que ce soit à l'intérieur ou dehors du stade déjà des heures avant le match. Notre peuple s'y exprime beaucoup, le pays respire le fútbol. Tout le monde sans exception a un club favori. Les français adorent leur équipe mais le manifestent avec plus de tranquillité allant voir un spectacle. En Argentine, c'est une bataille à la vie ou la mort ! Toute cette passion semble pourtant accompagnée de beaucoup de problèmes de violence, cette année en particulier… En réalité je pense que nous nous sommes accoutumés à ces types de problèmes, ce qui est très grave puisque qu'on finit par penser que tout cela est normal et a toujours fait parti du paysage footballistique de notre pays. Cela ne vient-il pas du fait que beaucoup ce servent de cette violence comme fond de commerce et qu'ils ont fort à perdre de la voir disparaître? Comme toujours dans les pays du tiers monde, je pense que quelqu'un bénéficie de la violence. Quand à la solution à trouver, cela fait des années que les gens au pouvoir disent qu'ils vont trouver une solution, mais pour l'instant c'est un problème en suspens. L'Argentine commence t'elle à se relever depuis la forte crise économique de 2001 qui avait mise le pays dans le chaos? Cela a été des années difficiles à passer, avec beaucoup d'angoisse. En ce moment il y a la sensation que cela s'améliore mais personnellement je pense que cela est du fait que cela ait cessé d'empirer. Il y a beaucoup d'inflation et toujours plus de pauvreté et d'écart entre les classes sociales. A l'opposé du Japon, nous avons toutes les ressources naturelles dans ce pays pour être parmi les grands et nous ne le sommes pas. Eux si. C'est clairement un problème avec ceux qui nous dirigent. Comment peux-tu définir les Argentins d'une manière générale ? Je dis toujours que nous sommes des gens que se distinguent souvent en sport et autres activités car nous sommes habitué à lutter et dans un milieu social très dur. Les argentins sont comme des guerriers par nature et instinct de survie. Mais j'aimerais que cet état d'esprit se transforme en un sentiment d'union et de progrès pour notre société dans son ensemble et plus seulement au niveau individuel. |
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