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«Le joueur Argentin a faim et il a cette envie de se battre !»
Novembre 2005 - Stade Geoffroy Guichard, Saint Etienne (France)

Légendaire libéro de la grande équipe des Verts des années 70, l’argentin fait actuellement parti du club, à la détection. « Le Taureau », comme il était surnommé à l’époque, revient sur sa carrière en Argentine et en France, tout en ne maquant pas de nous parler du football gaucho



Dans quel club argentin as-tu commencé ta carrière de joueur ?
A Lanús, un petit club du grand Buenos Aires. Ma famille habite là bas donc ils sont tous supporters du club, comme moi d’ailleurs, car le quartier où l’on naît, cela joue beaucoup. Ce club a grandit en même temps que le quartier. Le stade, avant, c’était des tribunes en bois. Maintenant c’est un Polideportivo (omnisport) comme tous les clubs en Argentine. Il a grandi avec la vente de joueurs, pas des recettes guichet. Avec l’argent d’un transfert, ils ont fait une tribune, puis une autre, puis un toit, un terrain annexe etc. Ca marche comme ça. Après quatre ans en équipe 1e, j’ai intégré l’équipe nationale. Alors Pierre Garonaire m’a détecté pour l’ASSE et mon transfert s’est fait très vite et je suis arrivé ici en Juillet 72 avec beaucoup d’illusion et d’envie. Et surtout je venais pour découvrir le foot français et St Etienne qui n’était pas très connu chez nous à l’époque. On connaissait un peu Reims. C’était pour moi fantastique car St Etienne progressait et avait de bons résultats. La 1e année j’ai eu beaucoup de difficultés à m’adapter, cela ne s’est pas très bien passé au début mais après on connaît la suite. On était un groupe de garçons très solidaires, de haut niveau. On laissait tout sur le terrain et on s’est beaucoup investi pour ce maillot.

Ton arrivée au club coïncide avec le début de l’épopée des verts…
Oui, en 72, un entraîneur nouveau arrivait, 2 étrangers aussi, Curkovic et moi, tandis que 90% des joueurs venait du centre de formation alors qu’il en y avait quelques uns avec un peu plus d’expérience comme JM Larqué et Georges Berretta. C’était le début de l’aventure qui amènera jusqu’à la finale de coupe d’Europe en 76. Nous avons été très populaire car je crois que les gens se sont identifiés avec nous. Non seulement le public d’ici, mais aussi toute la France.

Il reste comme souvenir impérissable, ta chevauchée fantastique contre le Dynamo de Kiev en ¼ de finale de la Coupe d’Europe et qui ammena le 3e but de la qualifiation…
Oui…C’était Christian Lopez qui récupéra le ballon et me le donna dans notre surface. A la fin Hervé Revelli marque, on l’a vu tellement de fois. Tout a commencé à partir de là. Cela faisait encore plus plaisir car le Dynamo était une des plus grosses équipes d’Europe, et après les avoir éliminé, on se sentait vraiment très costauds.

Quelle fonction occupes-tu désormais au sein du club ?
Je m’occupe de la détection de joueurs en Amérique du Sud. Nous avons passé un partenariat avec un club de Córdoba de D2 argentine. C’est pour ça que je me rends souvent en argentine mais aussi au Brésil ou en Uruguay.

Quel est ton agenda pour les mois à venir ?
Je vais passer 2-3 mois en argentine pour surveiller et récupérer des jeunes joueurs car il faut qu’ils finissent leur formation ici pour éventuellement évoluer en équipe 1e d’ici 2-3 ans. Car St Etienne, c’est une ville spéciale, qui aime le foot, il y a un public qui demande beaucoup et beaucoup de caractère et de bonne mentalité de la part des joueurs. Il faut donc faire passer ces jeunes par ici et que de leur côté ils apportent ce caractère et leur style de jeu que l’on ne trouve pas en France. Nous avons déjà des joueurs repérés bien sûr.

Comment expliques-tu la réussite de la plupart des argentins qui viennent jouer en Europe ?
Beaucoup de joueurs viennent d’un milieu pauvre, rare sont ceux des grandes familles, alors quand le joueur est payé pour jouer, il joue ! Il a faim et il a cette envie de se battre. Tu sais qu’il y a des bidonvilles, pas assez de boulot, les gens habitent dans des conditions très difficiles. Et certains joueurs sortent de là ! De là ! C’est pour cela qu’ils sont vraiment costaud, parce qu’ils sont préparés à tous les efforts, à tous les malheurs de la terre. Parfois c’est aussi pour cela qu’ils sont cassés et qu’ils ne peuvent pas percer. Il ne suffit pas d’avoir la technicité, mais il faut avoir la force mentale pour passer des caps qui sont très difficiles. Ce n’est pas donné à tout le monde. On peut être très fort, mais cela sera le frère qui réussira car il a plus de garra. C’est un ensemble de choses.

Comment te sens-tu depuis tout ce temps à St Etienne ?
C’est ma 2e maison. J’ai beaucoup d’amis qui n’arrêtent pas de m’inviter. C’est attachant, d’un côté comme de l’autre. Je suis argentin, mais je suis bien ici en France et à St Etienne en particulier.

A quelques semaines du derby, parle nous un peu de la rivalité avec Lyon…
De notre temps, le derby n’était pas si important. Mais dans tous les cas cela a toujours été la rivalité et il fallait jouer le derby à fond, peu importe le classement. Lyon, c’est actuellement le St Etienne de l’époque. Aujourd’hui il ne faut pas nier leur succès et nous devons les respecter mais c’est un peu grâce à St Etienne si ils se sont développés comme ils l’ont fait.

N’aimerais-tu pas rejouer ce genre de match ?
Je ne sais pas si cela me ferait plaisir…. Mais pour l’environnement, oui. Le public c’est quelque chose qui touche, avec ses drapeaux, ses chants, c’est organisé et il y a de la passion ! Sans passion, on ne peut pas jouer. Dans les tribunes ils sont passionnés comme nous joueurs l’étions et comme ceux d’aujourd’hui le sont. Mais quand la carrière est finie, c’est fini. On ne vit pas cela avec la même ferveur. On commence une carrière d’entraîneur ou de dirigeant, alors on doit être plus calme, plus réfléchi. De toute façon, je ne pourrais pas jouer maintenant, car ça joue à un autre rythme. Il ne faut pas croire que nous étions des extraterrestres à l’époque. Le foot a évolué et en mieux je pense.

Tu parles de passion, en Argentine c’est quelque chose, non ?
Dans la rue ou n’importe quel quartier, tu vois des garçons jouer, même sur le ciment où avant, sur la terre. On voit cette passion dans les tribunes, parfois trop quand cela va trop loin. On peut voir cette passion en Amérique du Sud, en Argentine, au Brésil etc. c’est pareil, ceux sont des gens qui aiment vraiment le foot, qui le sentent.

Malgré les problèmes dans le pays, la ferveur pour le football subsiste…
Tu as l’avantage d’avoir vécu cela de l’intérieur. Car ce n’est pas en tant que touriste que tu peux t’en rendre compte. Et cette passion tu parles, tu la trouve de partout ; Quelques fois elle est à la limite. Sortir du stade peut devenir très difficile, on doit courir à l’envers et pas en même temps que les supporters et cette passion amène parfois à des bagarres générales. En 2004, Vélez perd le titre pour un point après un match nul à la maison contre Arsenal. C’était déjà beau d’avoir fait une telle saison avec 100% des joueurs formés au club. Mais pour un point ils n’ont pas pu sortir du stade. Ca ne réfléchit pas, mais c’est aussi ça l’Argentine. Il ne faut pas justifier les débordements, mais essayer de les comprendre.

Tu as toi-même été joueur à Vélez ?
Oui en 79 je suis arrivé au club pour lequel j’ai joué 2 ans et ½ en passant de la Copa Libertadores et à la 2e division. Plus tard j’ai pris la succession de Carlos Bianchi en tant qu’entraîneur quand il partit pour la Roma. Et on a continué à gagner quelques petites choses (ironique) comme la Recopa et l’Intercontinentale. Vélez est mon 2e club, il m’a beaucoup apporté comme joueur et comme entraîneur.

Vélez est il devenu le 6e grand club argentin depuis ses succès depuis les années 90 ?
Je ne sais pas si l’on peut le comparer aux institutions que sont Boca, River, Independiente, Racing ou San Lorenzo…et surtout en terme de popularité à travers le pays. Mais sportivement, il est parmis les meilleurs ça c’est sûr. Cela a toujours été un club sage, un des 1e omnisport en argentine. Il a commencé sans de grandes ambitions mais il y est arrivée grâce au Mundial 78 et la remodélation du stade puis avec un très bon centre de formation et grâce à un grand entraîneur : Carlos Bianchi. A partir de là, avec les gens du club et beaucoup d’efforts, les résultats sont venus. Le club a été champion, puis encore champion, puis a gagné la Copa Libertadores, l’intercontinentale. En très peu de temps c’est devenu une grande équipe et elle a rivalisé avec River comme l’équipe des années 90. Les supporters ont été habitués à manger du foie gras, ils sont gourmant et c’est pour cela que les incidents de 2004 sont arrivés.

Quelle est l’importance de la sélection pour les supporters argentins ?
Une tribune est pour River, l’autre pour Boca, les deux plus grands d’Argentine. Les autres, ils se mélangent ailleurs. Dans tous les cas, ces supporters ne sont jamais d’accord, mais avec l’équipe nationale oui ! C’est la priorité numéro 1. Ce maillot c’est vraiment quelque chose qui te fait sentir fort comme vient de le dire Crespo.

Tu as joué pour ton pays mais certainement pas autant que tu aurais pu l’espérer, non ?
C’est vrai, et surtout je n’ai pas pu aller au Mundial 78 pour des raisons familiales. Ce fut difficile car c’était le seul mundial auquel j’aurais pu participera. A 32 ans c’était là ou jamais. Menotti m’avait appelé et j’étais très enthousiasmé car j’avais déjà joué 15 matchs en sélection et c’était le mundial dans mon pays. Je suis convaincu qu’on ne peut pas tout avoir dans la vie. On a failli perde les enfants et je n’ai pas pu jouer ce mondial mais j’étais content de récupérer plus tard les enfants.

Comment as-tu vécu la victoire argentine dans le contexte de la dictature ?
C’est certain que ce mondial a servi à cacher des choses. Les joueurs étaient conscients qu’il y avait quelque chose qui se passait mais sans vraiment savoir. Des fois les joueurs de la sélection, évoluant en Argentine, me demandaient si j’en savais plus du fait que je jouais en Europe. Ici on discutait avec les chiliens, ou uruguayens, de la dictature dans nos trois pays. A la fin, les argentins ont fêté le titre en 78 et ils te diront qu’ils n’étaient pas vraiment au courant.

Maradona ?
On ne se rappelle pas tellement de Maradona avec le maillot de Boca, mais avec celui de l’Argentine ! Même le maillot de son jubilé était aux couleurs de la sélection. Nous aussi quand on pense à notre idole numéro 1, notre dieu, on le voit avec le maillot argentin. Dès qu’il arrive au stade, tout le monde se lève. C’est le dieu. Et même si quelques fois il s’est retrouvé en difficulté à cause de sa passion, il reste le dieu, pour tout ce qu’il a fait. Ce n’est pas tout le monde qui dit quelque chose et qui fait ce qu’il dit. Il a eu des mots avec Havelange et même avec le Pape. Parfois il faut avoir cette sincérité. C’est un mythe que l’on ne peut pas toucher.

On parle de lui pour diriger un jour la sélection, peut-être déjà pour épauler Pekerman en Allemagne lors du prochain mondial…
Si il est un jour sur le banc, il apportera déjà par sa seule présence et par son nom. Si nous, on ne le regarde pas, les adversaires eux vont le regarder (rires) !