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Fútbol revolución à Marseille

Par Emilia Zimbello, Juan Aranda, Marcial Cipolla et Gabriela Tonin
(La chronique de XIII, MarseilleFOOT n°64 - Avril 2006)
Photos et traduction de l'espagnol en français de Nicolas Deltort




Après 3 mois de travail en Angleterre, on avait planifié de venir voir Nic et de passer un jour à Marseille. Il nous avait juste dit qu'il avait arrangé pour qu'on puisse rester à un local de fans. On savait aussi vaguement que cette hinchada (1) aimait notre pays et que les supporters s'identifiaient avec le Ché et Maradona, deux des plus importantes icônes de notre culture. Nic ne nous avait pas mis totalement au parfum, et on ne savait pas encore que cela deviendrait notre meilleur weekend de tout notre séjour en France !

Après une visite du port, de la Buena Madre (2) et la rencontre avec Zizou, un ami de Nic, nous rejoint pour nous conduire au local. " Lui c'est le plus fou de tous, un vrai barra brava (3) ! ", Lionel n'en avait pourtant pas l'air…Quand on est arrivé sur les lieux, des peintures du Ché Guevara partout comme des énormes portraits à la Andy Warhol ! Le lieu lui même était incroyable, rien de tel que 4 simples argentins auraient imaginé. Il y avait tout : du bar au grand écran et le fanzine montrant Maradona et le Ché, en couverture : " fútbol revolución" ! Des jeunes comprirent que nous étions argentins et ils crièrent à leurs voisins " Hey, ils ont argentins ! ". Les gens venaient alors nous dire bonjour et souriaient. On commençait vraiment à être super à l'aise. Vous voyez, on n'est pas habitué à ça comme on est des sudaméricains, pays du tiers monde...Mais encore une fois, notre football prouve être un des meilleurs et on est reconnu pour cela. On n'était pas traité comme des Sudaca (4), comme on nous appelle souvent péjorativement, mais on a été accueilli à bras ouverts. On jouait au ping pong quand j'ai vu le capo des Winners commencer à discuter avec les garçons. Il demandait si le Boca-River était bel et bien le plus gros match en Argentine, un des plus gros oui. " Et au niveau des supporters y'a des bagarres ? ". En fait Boca et River font le décompte du nombre de morts dans chaque camp. " Non ?! ". Marcial veut savoir si ici aussi il y a des bagarres et il est content de voir qu'une année à Nice, on avait tendu une embuscade à Cano & Co mais que ces derniers avaient donné une belle raclée aux niçois !

Ce qui nous étonne le plus est aussi le fait qu'il y ait plusieurs groupes de supporters comme celui des Winners. Et aussi la meilleure : beaucoup d'entre eux, dont le capo, vont supporter l'Argentine au Mundial, ils n'aiment pas l'équipe de France ! Ils vont supporter notre pays et pas le leur ! Nic nous avait dit qu'ils s'identifiaient à notre Argentine et là on commence vraiment à réaliser. Un autre capo nous dira même le lendemain que pour le Mundial 2002 il a pleuré 2 fois : la 1e fois, de tristesse, quand l'Argentine a été éliminée et la 2e fois, de joie, quand la France fût sortie.

On nous servait à boire et ils préparaient le dîner pour lequel ils nous invitèrent à se joindre à eux. On était bluffé ! La scène ne pouvait pas être plus parfaite avec le capo en bout de table et le Ché, tout en haut, qui nous regardait manger! C'est vraiment dommage de ne pas parler français pour vraiment les remercier comme il se devait. Le capo nous amena même le café quand on regardait jouer le Barça et on était niquel pour aller dormir. Le Dimanche, Roland arriva. Nic nous avait parlé de lui, qu'il allait venir en Argentine à la fin du mois avec lui et un autre ami, qu'il avait un tatou de Maradona et du…drapeau argentin ! C'est fou.

On ne s'attendait pas à voir une personne totalement habillée en Boca Juniors ! Tout le temps nous envahi une joie immense de savoir qu'il y a des gens qui connaissent notre pays. Je le répète, on n'est pas accoutumé à ce que l'on soit reconnu en tant que pays et quand on parle de nous, ce n'est pas toujours en bien. On demande à Roland de nous faire bouillir de l'eau pour notre maté (5). Il goûtera et voudrait y rajouter un peu de whisky ! Le local est plein de monde, les petits rentrent et tous viennent nous serrer la main, génial. Roland nous explique qu'ils leurs demandent de saluer tout le monde et nous expliquera un peu leur rôle vis a vis d'eux, leurs faisant même faire de temps en temps les devoirs le soir. Vraiment super. Plus tard au stade, ils feront la morale à un petit, un minot comme dit Nic, en lui demandant même de sortir du stade. Celui ci s'accrochera aux grilles en pleur et finalement restera. " Ils doivent apprendre le respect et pas faire les cons ! ", dixit Roland. C'est vraiment bien pour ces jeunes, chez nous quand un gamin commence à aller au stade, les ennuis commencent. Ils sont livrés à eux même.

A midi, on prend la camionnette que conduit Nic pour aller déjeuner sur la côte méditerranée où vit ché Roland et sa famille. Pour nous, tout était comme un rêve. On boit quelques apéritifs et on passe à table. Alors on parlera beaucoup de football et des différences entre la France et notre pays, de Maradona bien sûr. Nous avons tous pleuré en 94 car nous savions que c'était son dernier mundial. Quand il a dit à la TV, " Me cortaron las piernas " (6), on avait tous très mal au cœur.

Roland nous répète qu'il a trop envie de revenir en Argentine et nous de lui dire qu'il vienne nous voir pour connaître nos familles et pour partager un asado (7) typique. Après, le lemoncello, on retourne au local. Nic se prend les trottoirs et peste " P… si je leurs crève le camion avant le match ! ". Au local tous étaient en train d'organiser le matériel pour le tifo (mot inexistant chez nous). On était surpris de voir comme tout cela est si bien organisé. En Argentine, chacun amène ses choses, la hinchada n'organise pas les choses tant que ça. Le fait que tout le monde travaille pareil, du Capo jusqu'au plus petit gamin, nous surpris aussi. On partit alors à la cancha (8) et on rentra par la grande porte. Là, tous travaillent encore ensemble pour monter dans la tribune la grande voile du Ché.

On voit les conteneurs où ils stockent leur matos, quelle organisation ! Après, on fait le tour des tribunes avec Roland qui nous présente comme ses amis argentins. " On se connaît depuis peu mais vous êtes comme ma famille ". Jamais on ne pensait pouvoir connaître le stade aussi bien, des vestiaires, à la salle de conférence etc. On était bouche bée. Mais le meilleur, ce fut quand ils nous ouvrirent spécialement le tunnel et quand on entra sur la pelouse pour tirer des penos. On était là, où il y a quelques années, Ortega mis un coup de boule à un hollandais en coupe du monde. On ne peut vraiment pas expliquer nos sentiments, c'était surréaliste et je crois que alors personne de nous ne voulait que cela se termine.

Avant le match, on se joint à d'autres hinchas (9) de l'OM pour boire l'apéro. Encore une fois pour dire qu'ils ne nous laissèrent pas payer un centime ! Quand on rentra à la cancha, on nous saluait " Hola, argentinos " et avant le début du match le capo Cano avait lancé " Aller les gars, ce soir Ici c'est l'Argentine ! " et il y avait un énorme drapeau argentin que même les Borrachos del Tablón (10) n'ont pas pour supporter el selecionado (11) au Monumental ! Celui qui le tournait n'arrêta pas de tout le match, on était impressionnés ! On voulait apprendre les chansons de suite mais ça nous était difficile à cause de la langue. On a appris un peu : " LA PRRRRRESSSION ! LA PRRRRESSSSION ! ". On a été surpris que les paroles ne contiennent pas beaucoup d'insultes ou de violence.

Presque toutes sont pour raviver l'équipe. La plus belle et impressionnante est celle quand les 2 virages se répondent. Notre pays souffre d'un grand problème dans le football, c'est la violence. Beaucoup de hinchadas ont souffert de la perte de certains de leurs membres à cause de l'inconscience de quelques fanatiques, et ça c'est une horreur. Chez nous, les paroles sont terribles. Parfois elles font peur, elle sont anti-fútbol, parlent de la drogue, de tuer, violer etc. A l'OM c'est " on va vous tuer " et chez nous on rajouterait " et on étouffera ta grand mère avec tes tripes ! ".

Le match fut super. Lionel agitait son drapeau comme un loco (12) et faisait mine de vouloir aller taper les joueurs niçois depuis la tribune. C'est peut être vraiment un barra brava ! Nous, on s'efforçait de chanter et de festoyer. Sur le but, on s'est pris dans les bras comme si on avait toujours été des hinchas de l'OM. Ah j'oubliais, Nic avait coupé quelques papelitos pour nous faire sentir un peu comme chez nous et les Winners en distribuaient aussi à la mi-temps mais chacun les tirait au fur et à mesure. Dommage ! A propos du foot pratiqué, on n'a pas trouvé sensationnel, à part un joueur qui s'appelle Ribery. Le plus terrible ce fut à la fin, Nic nous a dit que Roland et Cano avait pris la parole pour annoncer que des amis argentins de River et de la Plata étaient dans la tribune et alors on entendit la tribune reprendre : " Vamo Vamo Argentina…vamo vamo Massilia... vamo vamo…lala la la WINNERS !! " et le " Diego Maradona Maradona Maraaaadona ! ". Tous simplement incroyable, s'en était trop pour le croire. Ce fut le meilleur qui nous soit passé. Vraiment un sentiment bizarre, on ne voulait pas que cela se termine. On a été bluffé.

Après une courte nuit au local, Roland nous réveilla à 4h pour nous conduire au train. Quel Capo ce type ! On ne savait pas quoi lui dire alors on cogna juste notre poing sur notre cœur pour le remercier ainsi que tous les Winners pour leur accueil et ces moments inoubliables. Le lendemain à Monaco, que nous voulions voir, on marchait dans la rue en criant " LA PRESSSSION ! " " SIFFFFLEZ LES ! ". Les gens nous regardaient bizarre, on était mort de rire et de fatigue. On s'endormi sur une pelouse comme des SDF, sandwichs et coca sur le coté, pas douchés de 2 jours…à Monaco. De retour chez Nic, Marcial n'arrêta pas avec les " Allez l'OM allez, l'OM allez, l'OM allllez ! " jusqu'à ce qu'on dise au revoir et à bientôt !

Aujourd'hui en Argentine, on continue de parler de notre passage à Marseille et notre gente (13) ne peut pas le croire. La vérité c'est qu'ils sont tous impressionnés par ce qui nous est arrivé. Et je le répète, jamais on n'aura les mots pour vous remercier pour ce que vous avez fait pour nous.



(1) : groupe de supporters les plus fervents d'un club
(2) : Notre Dame de La Garde
(3) : supporter violent
(4) : diminutif de Sudamericano
(5) : boisson chaude à base d'herbes traditionnelle
(6) : Ils m'ont coupé les jambes
(7) : barbecue argentin à base de viande
(8) : stade
(9) : supporters
(10) : Barra Brava de River
(11) : la sélection
(12) : fou
(13) : famille et amis