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Interviews et articles
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Interviews et articles > Jorge Burruchaga «Le football, quand on le comprend mal, on le joue mal» 24 Novembre 2004, Avellaneda (Province de Buenos Aires, Argentine) L’actuel entraîneur d’Arsenal nous parle de ce club de quartier qu’il a réussi à hisser dans le gotha du championnat argentin depuis peu. Il revient aussi sur sa formidable carrière en Argentine et en France dont le point culminant restera son but décisif en finale de coupe du monde 1986… ![]() Jorge, comment c’est passé ton retour au club où tu as débuté ta carrière ? Il faut savoir que je suis arrivé ici en 77 à l’age de 14 ans et c’était tout à fait différent à l’époque, il n’y avait même pas de tribune. En 2001, alors que j’étais déjà entraîneur depuis 3-4 ans, les dirigeants d’ici, qui sont des amis à moi, m’ont offert de prendre l’équipe. Le club était encore en D2, c’était difficile car nous étions mal classés, mais en 6 mois nous avons réussi à monter en D1 pour la 1e fois de l’histoire du club. Je suis très content car c’est un club que j’adore. C’est parfois difficile de travailler avec des amis car il y a alors une autre relation. Comment c’est passé l’apprentissage du haut niveau pour Arsenal ? Aujourd’hui c’est notre 3e saison en D1, chaque année nous faisons un peu mieux et désormais nous sommes bien installé dans le football argentin. Et ce n’est pas une mince affaire car c’est un football très difficile à la fois par le niveau de jeu mais aussi par son entourage, la pression des supporters et la pression du fait qu’il n’y ait pas beaucoup d’argent. Vous avez même réussi à vous qualifier pour une coupe continentale, en l’occurrence la Copa Sudaméricana, quel a été votre parcours dans cette compétition ? Pour une 1e participation, nous ne pensions jamais aller si loin et atteindre les ¼ de finale. Nous avons éliminé des grosses équipes argentines comme River ou même Banfield qui fait aussi une super saison. Malheureusement nous avons perdu contre Bolivar, avec le problème de l’altitude lors du match retour en Bolivie. C’est anormal de devoir jouer dans de telles conditions… Par ailleurs, comme notre effectif n’est pas grand, nous avons payé en championnat notre parcours en coupe et nous restons un peu loin du haut du classement. Mais cette aventure en Sudaméricana va rester pour toute la vie dans le cœur des gens. Vous restez somme toute sur une prestigieuse victoire en championnat à domicile contre le grand Boca Juniors. C’est un succès énorme pour le club et cela fut une belle fête… Oui c’est un grand résultat, surtout pour nous qui sommes un petit club. C’était la 1e fois en 3 ans que nous recevions Boca dans notre stade. Car après notre montée, la construction du stade actuel a nécessité 2 ans. C’est aussi La première victoire de notre histoire face eux. C’est super pour le public et les dirigeants. C’était donc normal de le fêter comme nous l’avons fait ! Tes résultats actuels sont bons pour ton développement de carrière. Ton ambition n’est elle pas d’aller dans un plus grand club comme Independiente où tu es pressenti ? Pour l’instant je suis bien ici, mais comme tout le monde, je cherche à m’améliorer et j’essaye d’aller un peu plus loin chaque année. C’est déjà ce que l’on a fait en 3 ans ici. J’ai dit que en Juin prochain j’aimerais changer d’air pour voir si j’ai la capacité d’aller dans un club où il y a de meilleures possibilités. C’est un bon but et si une bonne opportunité se présente, à Independiente où ailleurs, je verrai bien. En tant qu’entraîneur, sur quoi insistes- tu le plus : la façon de jouer de ton équipe, l’état d’esprit ? Surtout il faut jouer et savoir jouer. Le football c’est à la fois facile et difficile pour le comprendre. Quand on le comprend mal, on le joue mal. Déjà je veux que mon équipe soit très collective, qu’elle essaye de bien jouer au ballon et que les individualités sachent qu’elles peuvent être plus fortes en s’appuyant sur le collectif. Avoir une bonne défense est aussi primordial, encore plus pour un petit club. Quant à l’état d’esprit, en tant qu’entraîneur, il y a pour moi 25 joueurs et le 1 et le 25 sont sur un même pied d’égalité pour moi. Nous devons tous tirer dans le même sens et je crois que les joueurs qui ont rejoint le club ont tous compris ce message là. Tu as rejoint le FC Nantes en 1985, que gardes- tu de tes années Canaris ? De mes 7 années, je garde de très bons souvenirs, j’ai connu des gens magnifiques et qui m’ont aidé de façon extraordinaire. Malheureusement mes 2 blessures m’ont empêché de faire mieux. Mais le plus important, c’est que les gens ont gardé le souvenir d’un « Burru » honnête, un Burru qui a fait du mieux possible. Je me suis toujours bien senti dans ce club et je n’ai que des remerciements pour les Nantais. Ici, nous pouvons voir les championnats du monde entier et j’ai constaté que Loïc Amisse était à la tête de l’équipe. Je lui souhaite de réussir. Pour ton rôle d’entraîneur, as-tu beaucoup appris de "Coco" Suaudeau et essayes-tu d’inculquer quelques uns de ses principes à ton équipe ? C’est une question que vous les journalistes me posez beaucoup, avec quel coach j’ai le plus appris etc. Bien sûr avec Coco j’ai appris énormément de choses pendant 6 ans, surtout sur le plan collectif, le jeu facile et en mouvement. Après une dernière saison à Valencienne, tu es rentré en Argentine dans ton club de toujours, Independiente. Pensais-tu y connaître encore le succès à 33 ans ? Mon médecin de Nantes m’avait dit que rejouer serait impossible après ma 3e blessure, mais j’ai tout de même effectué 4-5 ans supplémentaires avec Independiente, gagnant au passage 2 coupes continentales, la Recopa et la Supercopa. Independiente est d’ailleurs le club qui a gagné le plus de coupes sur le plan international, non ? On le surnomme « l’orgueil national » … Oui mais je crois que le Real et Milan nous ont rejoint. C’est vrai, c’est un club à part, un peu similaire à Nantes du fait qu’il ait toujours cherché à jouer un beau football, technique et tourné vers le but adverse. L’équipe se doit de bien jouer et si un joueur dégage un ballon dans les tribunes, les supporters te sifflent. Si tu perds 2-3 en jouant bien, ça leur plait beaucoup. C’est pour cela que l’on a réussi à gagner tant de coupes. Aujourd’hui, ce n’est plus la même situation sportivement parlant comme il y a 10-20 ans, mais je souhaite que le club revienne au top niveau comme auparavant. Cette année, c’est le 20e anniversaire de la victoire en Intercontinentale à Tokyo, raconte nous… C’est un grand souvenir, contre le grand Liverpool des années 80 et un match spécial aussi par rapport aux problèmes de 82 entre l’Angleterre et l’Argentine…Les gens ici ne voulaient pas que nous aillions jouer là bas. Mais nous, joueurs et dirigeants, nous voulions jouer car cela restait un match de foot. Il fallait mettre les problèmes politiques de côté car ils n’avaient rien à voir avec nous les joueurs. Finalement nous avons gagné 1-0 pour notre 1e Intercontinentale. Gagner cette compétition semble plus important ici qu’en Europe, non ? Bien sûr, elle a un grand prestige ici. Aussi, en plus de l’argent qu’elle peut faire rentrer, c’est une fenêtre pour les joueurs qui voient une opportunité de se faire remarquer en vu d’un possible transfert en Europe. Ce n’est pas que nous faisions plus pour ces matchs là, mais en tout cas, nous nous préparions différemment. Pour finir, on ne peut pas occulter la Coupe du Monde 86 et ton but décisif en finale. De quoi te rappelles-tu ? De tout ! C’est quelque chose que je ne pourrai jamais oublier. Ce Mundial, non pas seulement la finale ou ce but, c’est le souvenir de notre équipe. Nous étions arrivé les 1e au Mexique pour se préparer, nous voulions vraiment gagner cette coupe ! Et au fur et à mesure que la compétition avançait, nous nous retrouvions l’équipe qui était au mieux, et finalement la finale c’était mérité que de l’avoir gagné. Déçu de ne pas avoir joué Platini et Giresse lors du dernier match ? Avant la ½ finale France-Allemagne, nous étions sûr de jouer la France en finale. Mais les Allemands ils sont comme ça, il faut les tuer pour qu’ils ne reviennent pas. C’est pour cela qu’ils sont Allemands ! Malheureusement cette finale contre la France n’a pas eu lieu… Et ce but alors ?! Marquer un but en finale, c’est le rêve de tout le monde. C’est l’émotion la plus forte de ta carrière ? Oui et de très loin. Ce n’est pas facile à expliquer…Un moment comme cela, il n’y a pas de mot pour le décrire, c’est un moment unique, très fort. Cela restera toute ma vie dans ma tête. Quand je ferme les yeux, je retrouve les images, celles des copains quand ils sont venus m’embrasser, quand nous revenions au milieu du terrain avec Valdano et la folie qu’il y a eu ici, au pays, à notre retour. C’était vraiment un moment magnifique, unique. Merci Jorge. Merci à toi et je te souhaite un bon séjour ici en Argentine. Je crois que c’est un grand pays, même si nous pouvons faire beaucoup mieux que ce que l’on fait actuellement. |
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