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BOCA JUNIORS 1-1 RIVER PLATE
Dimanche 26 Mars 2006, Buenos Aires (Argentine)
(Actufoot06, N°200 – 2 Avril 2006)


AU CŒUR DU SUPERCLÁSICO

Ce match au sommet du football argentin paralyse le pays tout entier 2 fois par an. Il revêtait aussi une importance particulière dans la lutte pour l’obtention du Tournoi de Clôture 2006 puisque River et Boca occupent les avant postes au classement après 11 journées. 783 médias du monde entier étaient présents pour couvrir ce que beaucoup considèrent comme le plus beau match à voir sur la planète football. Mais aucune télévision ou journal ne peut retransmettre l’unique sensation que procure la Bombonera, cœur gigantesque qui bat et palpite plus fort que jamais lors du superclásico. Ce fut un match riche en évènements dans les tribunes comme sur le terrain et non recommandé pour les cardiaques.


Alors que des dizaines de milliers de supporters ont en vain essayé de se procurer une place pour assister à cette grande messe du football, j’ai eu le sentiment d’être un privilégier parmi les 57 000 spectateurs dont les 3000 de River. En fait, ceux-ci furent présent au nombre de 4500 après que River ait eu recours à la justice afin d’obtenir 1500 tickets en plus. Cela faisait une semaine que les médias ne parlaient plus que Du match. Sur 45 entraîneurs et joueurs de différents clubs du championnat interrogés à propos de l’issue du match, 17 pronostiquèrent un match nul alors que 15 voyaient une victoire de River contre 13 qui misaient sur un succès de Boca.

Dirigeants et joueurs boquense avaient eux aussi fait monter la pression dans la semaine avant le match. Macri, président de Boca, compara le stade de River à un restaurant à glace, disant aussi que le vrai superclásico est celui qui se joue à la Bombonera, le stade mythique des Xeinezes (1). Aguilar, le président de River, répliqua que Macri n’était pas un homme de football, le traitant aussi d’ignorant. Le coach riverplatense, Passarella, fit la promesse à ses joueurs de leur payer un barbecue avec la meilleure viande du pays en cas de victoire. De son côté, le défenseur de Boca, Sylvestre, désirait que toute l’équipe fasse sentir à Gallardo qu’il était à la Boca lors du match, lui garantissant un traitement particulier. Le décor était planté, toujours sulfureux entre Bouseux (2) de Boca et Millionnaires (3) de River. Le club à La Bande Rouge n’est jamais le bienvenu en République de La Boca (4) et surtout pas leur numéro 10, Gallardo, depuis son altercation lors de la ½ finale de Copa Libertadores 2004 avec le gardien boquense Abbondanzierri.

Alors que les deux équipes n’étaient pas encore arrivées, les portes du stade ouvraient 4h avant le coup d’envoi et 2h avant le match, les populaires étaient déjà pleines. La délégation riverplatense arriva au stade plus d’une heure en retard sur l’horaire prévue. Leur bus a été mystérieusement obligé de prendre un itinéraire inhabituel dans la Boca. Il fut même bloqué par des voitures garées en double file, permettant à des sympathisants de Boca de venir caillasser le bus et le faire balancer dans tous les sens. Cela sentait le traquenard. Le vice-président de River, énérvé, déclara après le match que « tout cela n’avait rien à avoir avec le hasard ».

Dans le stade, les bâches aux couleurs des deux clubs étaient innombrables, la plus visible étant celle de Boca, « Joueur N°12 », surnom donné à ses supporters tellement leur support peut transcender ses joueurs comme il peut intimider les adversaires. Ceux-ci, dont le vestiaire est malicieusement placés sous la populaire locale, peuvent sentir la tribune vibrer et leur petit terrain d’entraînement faire échos des chants de La 12. La tentative d’intimidation va même jusqu’à placer la sortie du tunnel des visiteurs juste sous la populaire la plus chaude du pays.

Alors que les équipes réserves jouent le match d’ouverture, le duel des supporters a aussi commencé dans les tribunes. Ceux de River préparent leurs ballons gonflables de couleur orange en référence à l’inoubliable victoire de River à Boca il y a 20 ans et dont le ballon du match étaient orange. Les fans Millonarios se firent voler une bâche suspendue au dessus de la tribune de Boca. Le coup de maître réussi à la manière du coup du yoyo, habituel en prison, fut accueilli par une ovation ironique des bosteros. Ceux-ci exhibaient aussi des ballons, mais aux couleurs de leur club, et dont l’utilité était plus qu’esthétique puisqu’ils s’en servirent pour les frotter et ainsi pour imiter le bruit d’une volée d’oiseaux dans le ciel de la Boca. Ce n’était pas un acte sans arrière pensé puisque les fans de River sont appelés les Gallinas (poules mouillées). C’est cela le folklore du football argentin.

L’ambiance monta en puissance jusqu’à l’entrée des joueurs. Celle de River fut accueillie par une pluie de sifflets alors que celle des idoles locales embrasa la Bombonera dont le ciel s’emplie de papelitos et de rouleaux de papiers. Quel spectacle aux couleurs de Boca ! Le bleu se fit ciel et le jaune or du soleil brilla sur la pelouse. Les Boquitas, pom-pom girls locales, firent une haie d’honneurs aux joueurs boquenses tandis que la populaire se revêtit d’une immense bâche où les initiales du club (CABJ) étaient écrites en format géant. Une 2e voile recouvra ensuite La 12. Dessus on pouvait y voir les symboles de La Boca dont le Pizzaïolo revêtu du maillots azul y oro. Elle mentionne aussi : « Vous pouvez nous imiter mais jamais nous égaler ». C’est vrai que le spectacle dans les tribunes est unique au monde et particulièrement en ce 26 Mars. Le coup d’envoi fut précédé par une minute de silence en commémoration des 30 ans du coup militaire du 24 Mars 1976 qui établit la dictature militaire.

Une fois le premier échange de passes donné, les supporters chantèrent et sauteront à l’unisson sur l’air de « Qui ne saute pas est un militaire ». Dans les tribunes une bâche mentionnait « Plus jamais ça » en référence à la période la plus noire du pays en ce qui concerne les droits de l’homme et qui vit disparaître 30 000 argentins. La première mi-temps était dominée par Boca et son capitaine Ibarra, tandis que Gallardo, blessé aux adducteurs, observait les débats depuis le banc des remplaçants. La domination des bosteros demeura cependant stérile. La faute à un très bon Lux, le gardien de River qui sorti d’une superbe claquette une tête de Biglia. La faute à un Martin Palermo en manque de finition. La faute à un Palacio, donnant le tournis aux latéraux de River mais finissant mal ce qu’il avait bien commencé. Les supporters boquenses étaient plus que jamais derrière les jaunes et bleus mais leur engouement fit place au silence à la 39 minute lorsque Farias, N°9 millonario, trompa la vigilance d’un Abbondanzierri trop avancé. Passarella, dont la joie était un peu trop démonstrative au goût des fans locaux, fut la cible de jet de bière chaude depuis la tribune adjacente.

En 2e mi-temps, avec l’entrée de Gallardo, River contrôlait les débats au score et sur le terrain de manière à faire monter l’anxiété chez les locaux. Le Coco Basile, directeur technique bostero, se retrouva face contre terre après avoir glissé sur une pancarte. Voulait-il s’enterrer et ne pas assister à l’impuissance de ses joueurs ? Celle-ci sera encore plus visible à la 66e minute de jeu quand Gallardo, lancé dans l’axe à travers une défense fantôme de Boca, esquiva Abbondanzieri qui le stoppa en le percutant de la hanche. Certes le gardien évita le 2-0 mais son expulsion démontra aussi que sa place en équipe nationale n’est pas contestée par hasard tellement il sorti de sa surface avec l’anxiété d’un adolescent allant dans un bordel.

A 11 contre 10, River paraissait en mesure de donner une correction à Boca. Gallardo semait le trouble en compagnie de l’attaquant Monténegro. Celui-ci partait d’ailleurs tout seul au but à la 82e min quand l’arrière bostero, Kuproviesa, le séchât violemment d’un kun fu à la Cantona. Cet assassinat, esthétique et féroce, fut délivré sans anesthésie et figurera dans la galerie des tacles les plus violents de l’histoire du football argentin. Le dicton affirmant que Boca joue avec les couilles alors que River, lui, joue au football semble aujourd’hui plus vrai que jamais. Et cette fois-ci cette caractéristique légendaire du club boquense ne semblait pas pouvoir avoir le meilleur du beau jeu «à la River ».

La défaite semblait inéluctable pour Boca mais cela était sans compter sur l’entrée en jeu lors des 5 dernières minutes de Guillermo Schelotto, l’idole inoxydable de la Boca. Et comme souvent durant toute sa carrière, l’ailier bostero changea à lui tout seul le cours du match. Il fera d’abord expulser Tula, l’arrière riverplatense, et c’est aussi lui qui ira chercher un penalty inespéré à la 89e minute de jeu. Le stade pouvait exulter et carrément chavirer après la transformation du penalty par Palermo. Que se soit le président Macri, qui déclare publiquement que Gillermo est son idole, où que se soient les fans bosteros, ils peuvent dirent un grand merci à leur N°7.

Les scènes de joie dans les gradins de Boca étaient à la hauteur de l’anxiété qui rongeait les bosteros depuis le but de Farias. Les chants étaient désormais tous dédiés à River: « Cela sera pour la prochaine fois ! Poules Mouillées, cela sera pour la prochaine fois !». Sur le terrain, cela fut tendu même après le coup de sifflet final quand le magasinier du club en vint aux mains avec un joueur de River. Abbondanzierri, illégalement resté au bord du tunnel après son expulsion, aida à séparer la masse de personne s’étant impliqué dans l’échauffourée.

Pendant ce temps, Guillermo recevait la Copa Ramón Carillo, du nom du 1e ministre de la Santé argentin dont on commémorait les 100 ans écoulé depuis de sa mort et qui récompense désormais le vainqueur du superclásico. Aujourd’hui comme en cas de match nul, l’équipe qui reçoit s’est vu remise le trophée. Le héro du fut porté en triomphe alors que les « Guilleeeermo ! Guilleeeermo » résonnait dans une Bombonera bouillante comme un jour de grand triomphe. Daniel Passarella, amer, commenta la joie des locaux ainsi : « A la fin du match Boca a fêté comme une petite équipe qui vient d’arracher un match nul au Monumental ».

Mais c’est surtout River qui n’a pas était digne de son standing de Grand en n’ayant pas pu tuer un match qu’il avait pourtant à porté de fusil. Selon Maradona, « River nous a épargné la vie. Et si vous laissez une goûte de sang à Boca… ». Il n’y aura donc pas eu de vainqueur dans le match qu’il est plus important de gagner que le championnat lui-même. Pourtant River est bel est bien celui qui fait figure de perdant au vue des circonstances du match.



Xeinezes (1) : signifie « Gênois » en Italiens. Les immigrés italiens qui on fondé le quartier de Boca et le club étaient principalement originaires de Gênes.
Bouseux (2) : Bostero en espagnol. Surnom des fans de Boca provenant de la mauvaise odeur émanant du port de la Boca et soit disant innondant tout le quartier.
Millionnaires (3) : surnom des fans de River. Le club avait quité son quartier originel de La Boca pour s’établir dans celui de Nuñez, plus riche.
République de La Boca (4) : le quartier est considéré comme une république à part dans la ville de Buenos Aires, de part ses habitations, la mentalité de ses habitants et leur histoire.